Pourquoi

Du temps du Beth HaMikdach, du fait du grand nombre de ‘Touma’ – d’impuretés rituelles – définies par la Torah, le Mikvé avait un rôle considérable.

Aujourd’hui il est requis en trois circonstances : pour les femmes après la menstruation pour permettre les rapports conjugaux, pour la conversion et enfin pour les ustensiles (Kélim).

 

1 – NIDDA

L’usage du mikvé est l’un des aspects les plus importants de la vie conjugale juive. En un sens on peut le considérer comme plus important pour la vie du couple

que la cérémonie nuptiale elle-même.

(En ce qui concerne les jeunes filles, elles acquièrent dès l’apparition des règles le statut de Nidda, qu’elles soient mariées ou non, mais en ce dernier cas l’immersion rituelle n’autorise pas les relations pré-maritales).

Les lois de Nidda imposent une séparation d’au moins onze jours chaque mois, c’est-à-dire quatre jours de règles (ou plus), plus sept jours de propreté, suivis le soir du septième de l’immersion au Mikvé, après une préparation minutieuse appelée H’afifa.

C’est ainsi que la Torah a, si l’on peut dire, souci de la régénérescence du désir et de la passion dans le couple : les lois de Nidda induisent une nouvelle lune de miel

après chaque immersion de la femme ! (c.f. traité Nidda 31b). De plus, l’interdit de contact physique durant la période menstruel le et jusqu’au Mikvé permet de dynamiser d’autres aspects de la relation, au-delà du désir : amitié, fraternité, dialogue et écoute, qui sont des éléments importants et fondateurs de l’union véritable.

Tout au long de l’histoire, nos Mères ont jalousement gardé la flamme de la pureté familiale.

A des époques où il fallait parfois se plonger dans des eaux glacées, de nuit de surcroît, et bien souvent après un long et pénible voyage…

Loin d’être un facteur de risque pour la santé, la pratique du Mikvé s’est révélée être un agent favorable de prévention concernant certaines maladies, pour celles qui l’observent. Cependant, l’immersion n’a pas pour but premier une prophylaxie sanitaire, ni ne vise par ailleurs, à se dégager d’une espèce de souillure quelle qu’elle soit. A ce sujet notre maître le RAMBAM – Maïmonide – est très clair : la question de pureté et d’impureté n’est pas assimilable à un problème de propreté, mais ressort plutôt de ce qu’il appelle la «       «   , C'est-à-dire l’intention du cœur : « L’impureté n’est pas comme de la terre ou des excréments mais dépend de l’intention du cœur ».

Qu’est-ce à dire ?

Le passage au Mikvé est d’abord une sorte de prise de conscience, temps d’arrêt et de transition après un moment difficile où le corps et l’esprit sont perturbés.

Temps dont l’être humain a besoin pour se réadapter et aller vers l’avenir avec une énergie renouvelée.

A ce titre, il est également utile pour l’homme, en ce qu’il lui permet de réaliser la part de différence, et d’aborder la femme dans le respect de sa spécificité.

D’autre part et symboliquement, la menstruation étant l’évacuation de ce qui n’a pas été fécondé, de cette vie qui n’a pas eu lieu, le passage au Mikvé souligne la nécessité d’un renouveau, d’une renaissance, d’une séparation avec la mort. Alliance de vie, le mikvé est un passage rituel d’un état de non-vie à un état de vie. Il est, nous dit le Rav Raphaël Hirsch, l’équivalent de la matrice maternelle. Pénétrer dans le mikvé c’est réintégrer la matrice. Emerger des eaux c’est connaître une nouvelle naissance, accéder à un statut entièrement nouveau. C’est comme dans la genèse, retourner à l’état du monde naissant, entièrement soumis au pouvoir créateur de D.ieu.

Le Mikvé étant donc une séparation entre deux états d’être, ceci nous amène à comprendre sa deuxième fonction.

 

2 – GUEROUT. LA CONVERSION

La conversion est serment et alliance, dans les termes de ce qu’a vécu le peuple juif à l’origine. Serment de respecter les lois d’Israël, étape essentielle dans le Sinaï qui inclut une immersion de tout le peuple avant la réception de la Torah.

Alliance lors de laquelle les Bné Israël ont dit cette chose extraordinaire :

« Nous ferons et écouterons » écoute que nos maîtres traduisent par « comprendre ».

Faire pour comprendre…

Il y a des gestes, des pratiques qui nous ouvrent à la capacité d’entendre ce qui nous vient d’Ailleurs, qui nous délivrent de cette « Touma », qui, disent nos sages, nous bouche, fait écran entre nous et la réalité. (Curieusement, le mot entendre « Chéma » peut se lire « ché-mé-ain »    ce qui veut dire : « ce qui vient de la source »).

Ici encore le mikvé est ce passage d’un statut à un autre, charnière symbolique entre le temps de l’esclavage et celui de la liberté. Pratiquement, lors de la conversion, l’immersion ne peut être faite par le converti de son propre chef, mais relève de la responsabilité d’un tribunal rabbinique compétent.

 

3 – KELIM. LES USTENSILES

Cet usage est moins connu quoiqu’important, car la Halah’a affirme que tout ustensile de cuisine en métal ou en verre fabriquée par un non juif ou acheté à un non juif devra être trempé dans un mikvé avant d’être utilisé. Il ne s’agit pas ici de Cachérisation, car si un ustensile a servi pour une cuisine non cachère, il doit être cachérisé avant

l’immersion.

Un épisode de la Torah nous décrit comment Moshé dit aux Bné Israël : « Les métaux et tout ce qui supporte le feu, vous le passerez par le feu, et il sera pur, après toutefois avoir été purifiés par l’eau de Nidda. Et tout ce qui ne va pas au feu, vous le passerez par l’eau » (Bamidbar 31 ; 22). Les ustensiles servant à la cuisson et qui pouvaient résister au feu devaient donc être chauffés à blanc pour être rendus cachères. De plus il fallait les tremper dans l’eau de Nidda, c’est-à-dire dans le même que celui utilisé par une femme Nidda. Les ustensiles ne résistant pas au feu devaient être nettoyés de façon minutieuse puis trempés.

 

A retenir donc :

-         1 : Tout ustensile de métal ou en verre fabriqué par un non juif

          ou acheté à un non juif doit être immergé dans l’eau d’un mikvé

          avant d’être utilisé.

-         2 : S’il a déjà été utilisé pour une cuisine non cachère,

         il devra être cachérisé avant d’être trempé dans le Mikvé.

 

4 – COUTUMES

On retrouve cette notion de purification dans la coutume pour les hommes de s’immerger la veille de Yom Kippour, Roch Hachana et lors des trois fêtes, Pessa’h, Chavouoth, Soucoth, pour certains, ainsi que les veilles de Shabat, en vue d’accéder à l’élévation de ces jours.

L’usage est de se tremper trois fois,

en référence aux trois mentions du Mikvé dans la Torah.

     · Enfin, l’immersion rituelle fait partie de ce que nous appelons H’oukim, lois dites « irrationnelles ». Cela signifie, qu’elles ne se laissent pas comprendre dans une immédiate évidence, mais font partie des dispositions divines,que la logique mentale strictement humaine, a peine à saisir dans leur profondeur et leur puissance.

Concluons ce petit exposé avec une citation de la michna YOMA :

« Rabbi Akiba dit : Heureux Israël ! Devant qui vous purifiez-vous ?

Qui vous purifie, sinon votre père céleste ? ».

Comme il est écrit dans Yermiyahou : « Mikvé Israël HACHEM ! » -

De même que le Mikvé purifie les impurs, de même Hachem purifie Israël ! ».

Le mot Mikvé ici signifie ESPOIR.

Rav Eliyahou MERGUI

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